Une question de frais, mais surtout une question d'égalité

Une question de frais, mais surtout une question d'égalité
Venir étudier en France représente, pour de nombreux jeunes Sénégalais, bien plus qu'un simple choix d'orientation. C'est souvent l'aboutissement de plusieurs années de travail, de sacrifices consentis par les étudiants et leurs familles, mais aussi la concrétisation d'un projet de vie.
Pour beaucoup, il s'agit d'accéder à une formation de qualité, d'obtenir un diplôme reconnu et, à terme, de mettre ses compétences au service de leur avenir, de leur famille et, parfois, du développement de leur pays.
Pourtant, cet espoir se heurte aujourd'hui à une réalité de plus en plus difficile : le coût des études et, plus largement, celui de la vie étudiante en France.
Depuis la mise en place des droits d'inscription différenciés pour certains étudiants extra-communautaires, cette question suscite régulièrement des interrogations. En 2026, le débat prend une nouvelle dimension avec le décret n° 2026-385 du 19 mai 2026. Celui-ci ne modifie pas directement les montants des droits d'inscription différenciés. En revanche, il encadre davantage les possibilités d'exonération accordées par les établissements publics d'enseignement supérieur.
Ainsi, pour les exonérations attribuées au titre de l'année universitaire 2026-2027, le taux transitoire est fixé à 30 %, puis à 25 % pour 2027-2028. À terme, le plafond prévu par le nouveau dispositif est de 20 %.
Ces chiffres peuvent sembler abstraits. Pourtant, derrière ces pourcentages et ces dispositions réglementaires, il y a une réalité beaucoup plus humaine.
Derrière chaque étudiant, il y a un projet. Et derrière chaque projet, il y a souvent une famille qui investit une grande partie de ses moyens pour permettre à son enfant de réussir.
Quand le coût des études devient une véritable barrière :
Pour comprendre les inquiétudes exprimées par de nombreux étudiants sénégalais, il faut regarder la situation dans son ensemble.
En effet, les frais universitaires ne représentent qu'une partie du budget nécessaire pour étudier en France. À cela s'ajoutent le logement, l'alimentation, les transports, l'assurance, le matériel pédagogique, les dépenses liées à l'installation et, pour les étudiants qui arrivent de l'étranger, les frais liés au voyage et aux différentes démarches administratives.
La première année est souvent la plus difficile. Il faut trouver un logement, verser une caution, acheter les équipements nécessaires, prendre ses repères dans une nouvelle ville et s'adapter à un nouvel environnement universitaire. Tout cela représente un coût important. Or, pour de nombreuses familles sénégalaises, financer les études d'un enfant en France constitue déjà un effort considérable.
Dès lors, lorsque les droits d'inscription s'ajoutent à l'ensemble de ces dépenses, la question dépasse largement celle du montant à payer à l'université. Elle devient une question d'accès réel à l'enseignement supérieur.
Derrière chaque étudiant, une famille :
Il serait cependant trop simple de considérer que tous les étudiants internationaux disposent des mêmes ressources. La réalité est beaucoup plus diverse. Certains bénéficient d'un soutien familial important. D'autres arrivent avec une bourse. Certains travaillent parallèlement à leurs études lorsque leur situation le permet. D'autres dépendent presque entièrement de leurs familles restées au Sénégal.
Dans beaucoup de cas, ces familles font des sacrifices importants pour permettre à leurs enfants de poursuivre leur parcours universitaire en France. C'est pourquoi la question des droits d'inscription ne peut pas être dissociée de la situation sociale des étudiants.
Le nouveau cadre réglementaire prévoit d'ailleurs que des exonérations puissent être accordées en tenant compte de la situation personnelle de l'étudiant, notamment de ses ressources. Ces exonérations peuvent être totales ou partielles.
Cette possibilité est essentielle.
En effet, une politique universitaire juste ne devrait pas seulement regarder la nationalité d'un étudiant. Elle devrait également permettre de considérer sa situation personnelle, ses ressources et sa capacité réelle à financer son parcours.
Les étudiants sénégalais ne sont pas uniquement des « étudiants étrangers » :
Par ailleurs, il est important de faire évoluer notre regard sur les étudiants internationaux. Un étudiant sénégalais qui arrive en France n'est pas seulement un « étudiant étranger » inscrit dans une université française.
C'est aussi un jeune qui participe à la vie de son établissement, qui s'investit dans des associations, qui effectue parfois un stage ou une alternance, qui travaille dans le respect de la réglementation et qui contribue, à son échelle, à la vie économique, sociale et culturelle de son territoire.
Dans le Nord de la France, les étudiants sénégalais sont présents dans de nombreuses villes universitaires. Lille, Villeneuve-d'Ascq, Arras, Douai, Lens, Valenciennes, Amiens, Dunkerque, Béthune ou encore Calais accueillent des étudiants venus du Sénégal.
Ainsi, ils ne sont pas une population de passage invisible. Ils font partie de la communauté universitaire et participent pleinement à la vie de leurs campus et de leurs territoires.
À travers l'Association des Étudiants Sénégalais du Nord, nous constatons régulièrement que les difficultés rencontrées par les étudiants ne se limitent pas aux études. Le logement, la précarité, les démarches administratives, l'intégration, l'accès à l'information et les difficultés financières constituent également des préoccupations importantes. 
Dans ce contexte, toute évolution des droits d'inscription doit donc être regardée avec attention.
Une réalité qui mérite d'être regardée en face :
Les données publiées par le ministère de l'Enseignement supérieur permettent de mesurer l'ampleur du sujet.
À la rentrée 2024, 111 400 étudiants extra-communautaires se trouvaient dans le périmètre d'application direct des droits différenciés. Parmi eux, 100 400 bénéficiaient d'une exonération totale ou partielle. En définitive, 11 100 étudiants seulement acquittaient le tarif plein.
Ces chiffres sont importants parce qu'ils montrent que les exonérations jouent actuellement un rôle majeur dans la situation financière de nombreux étudiants internationaux.
Par conséquent, l'évolution des règles d'exonération ne peut pas être considérée comme une simple modification administrative.
Elle peut entraîner des conséquences concrètes sur les parcours universitaires.
Ne faisons pas de cette question une opposition entre Français et étrangers :
Cependant, il serait contre-productif de présenter ce débat comme une opposition entre étudiants français et étudiants internationaux.
Les étudiants français connaissent eux aussi des difficultés importantes : logement, alimentation, transport, précarité, accès aux soins ou encore financement des études.

Les étudiants internationaux ne demandent pas que leurs difficultés soient placées au-dessus de celles des autres. Au contraire, nous pensons que les difficultés étudiantes doivent être considérées dans leur ensemble.
La question n'est donc pas de savoir qui mérite le plus d'aide. La question est de savoir comment construire un enseignement supérieur accessible, de qualité et suffisamment financé pour tous. C'est dans cet esprit que nous souhaitons porter notre réflexion.
Une exonération ne doit pas devenir une loterie :
À ce titre, l'un des enjeux majeurs des prochaines rentrées sera celui de la transparence.
Lorsqu'un étudiant reçoit une admission dans une université française, il doit pouvoir connaître clairement le montant des droits qui lui seront demandés, les conditions permettant de bénéficier d'une exonération, les critères pris en compte, les démarches à effectuer et les délais à respecter.
Surtout, il doit pouvoir connaître suffisamment tôt sa situation financière.
En effet, une mauvaise compréhension du coût réel des études peut entraîner des conséquences importantes. Elle peut conduire à un renoncement à une formation, à un endettement familial ou encore à des difficultés financières susceptibles de compromettre la réussite universitaire.
Par ailleurs, les étudiants déjà bénéficiaires d'une exonération au titre de 2025-2026 conservent, sous certaines conditions, le bénéfice des dispositions antérieures jusqu'au terme du cycle universitaire concerné. Le décret prévoit également des dispositions particulières pour certains étudiants ayant obtenu une exonération pour 2026-2027 avant son entrée en vigueur.
Il est donc essentiel que chaque étudiant puisse comprendre précisément les règles qui s'appliquent à sa propre situation.
Ce que nous demandons :
En tant qu'Association des Étudiants Sénégalais du Nord, notre position est claire. Nous appelons tout d'abord les établissements d'enseignement supérieur à garantir une information claire, accessible et suffisamment anticipée sur les droits d'inscription réellement applicables aux étudiants internationaux.
Nous demandons également que les mécanismes d'exonération restent accessibles aux étudiants dont la situation financière ne permet pas d'assumer les droits différenciés.
De la même manière, les critères d'attribution doivent être transparents et équitables. Un étudiant doit pouvoir comprendre les règles qui s'appliquent à sa situation et être accompagné lorsqu'il rencontre des difficultés.
Par ailleurs, nous souhaitons que l'accompagnement social des étudiants internationaux en situation de précarité soit renforcé.
Nous appelons également à une association plus étroite des représentants et associations étudiantes aux réflexions concernant les politiques qui touchent directement les étudiants internationaux. En effet, les associations sont présentes sur le terrain et sont souvent les premières à constater les difficultés rencontrées par les étudiants.
Enfin, nous souhaitons que la coopération universitaire entre la France et le Sénégal continue à être renforcée afin que la mobilité étudiante demeure un véritable outil de coopération, de développement et de partage des compétences.
Faire de l'éducation un pont, pas une frontière :
Au fond, nous ne voulons pas d'un débat fondé sur l'opposition entre « Français » et « étrangers ».
Nous voulons un débat fondé sur une question beaucoup plus essentielle :
Quel modèle d'enseignement supérieur voulons-nous construire pour demain ?
Souhaitons-nous un modèle dans lequel l'origine sociale et la capacité financière deviennent progressivement déterminantes dans l'accès aux études ?
Ou voulons-nous continuer à défendre un modèle dans lequel la qualité du projet universitaire, les compétences, la motivation et la situation sociale de l'étudiant sont également prises en considération ?
Pour nous, la réponse est claire.
La France a beaucoup à gagner à continuer d'accueillir des étudiants sénégalais et africains. De son côté, le Sénégal a beaucoup à gagner à voir sa jeunesse accéder à des formations de qualité, acquérir de nouvelles compétences et construire des liens durables entre les deux pays.
Depuis plusieurs décennies, les mobilités universitaires participent à cette relation.
Des générations d'étudiants sénégalais ont été formées en France. Beaucoup sont ensuite devenus enseignants, ingénieurs, médecins, chercheurs, entrepreneurs, cadres, fonctionnaires ou acteurs de la société civile. Ils ont contribué au développement de leur pays tout en conservant des liens forts avec la France.
Ainsi, la mobilité étudiante ne doit pas être considérée uniquement comme un coût. Elle doit aussi être pensée comme un investissement dans la connaissance, dans la coopération et dans l'avenir.
Notre responsabilité collective :
À l'AESN, nous continuerons à informer, orienter et accompagner les étudiants sénégalais du Nord.
Nous continuerons également à porter leur voix auprès des établissements, des institutions et de l'ensemble des acteurs concernés. Notre démarche n'est pas une démarche de confrontation. Elle est une démarche de dialogue, de responsabilité et de construction.
Nous sommes conscients que les universités doivent disposer de moyens pour assurer leurs missions. Nous savons également que les politiques publiques doivent répondre à des contraintes budgétaires et financières.
Cependant, ces contraintes ne doivent pas conduire à oublier la réalité de celles et ceux qui sont directement concernés.
Aucun étudiant ne devrait être contraint d'abandonner son projet universitaire uniquement parce que sa famille n'a pas les moyens de réunir plusieurs milliers d'euros supplémentaires.
L'accès à l'enseignement supérieur doit rester fondé sur le travail, les compétences, la motivation, le mérite et l'accompagnement. Il ne doit pas devenir une question de richesse.
Étudier en France ne doit pas devenir un privilège :
L'éducation est l'un des investissements les plus importants qu'une société puisse faire dans sa jeunesse. Elle permet de construire des parcours, de rapprocher les peuples et de créer des opportunités.
C'est pourquoi nous appelons à un dialogue constructif entre les étudiants, les associations, les universités et les pouvoirs publics afin de trouver un équilibre permettant à la fois de préserver la qualité de l'enseignement supérieur français et de garantir son accessibilité.
Parce qu'au-delà des chiffres, des décrets et des pourcentages, il y a des étudiants.
Sources :
Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace
https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/faq-droits-d-inscription-differencies-pour-les-etudiants-extra-communautaires-103043.
FAQ | Droits d’inscription différenciés pour les étudiants extra-communautaires, publiée le 13 juillet 2026.
Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, SIES
https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/droits-differencies-profil-des-etudiants-internationaux-concernes-en-2024-2025-100796
Droits différenciés : profil des étudiants internationaux concernés en 2024-2025, Note d’information n° 2026-01, janvier 2026.
Décret n° 2026-385 du 19 mai 2026 relatif aux modalités d’exonération des droits d’inscription des étudiants étrangers suivant une formation dans les établissements publics d’enseignement supérieur.
Code de l’éducation, article R. 719-50
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038402322
Dispositions relatives aux exonérations totales ou partielles et à la prise en compte de la situation personnelle et des ressources des étudiants
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