Monsieur le Président de la République du Sénégal,
Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le Ministre de l’Environnement et de la Transition écologique,
Objet : Inquiétudes relatives au projet d’enrochement annoncé à Bargny Guedj sans concertation avec les communautés
Nous vous adressons la présente lettre ouverte en tant que citoyens engagés et acteurs environnementaux, profondément préoccupés par la situation de l’érosion côtière à Bargny Guedj et par les annonces récentes faites à ce sujet.
Lors de la visite ministérielle destinée à constater l’ampleur du phénomène, l’annonce de la mise en œuvre d’un projet d’enrochement, estimé à 800 millions de francs CFA et confié au génie militaire, a suscité une vive surprise au sein des communautés locales. Si la reconnaissance de l’urgence environnementale est salutaire, la méthode interroge en raison de l’absence apparente de concertation préalable avec les acteurs directement concernés.
Bargny Guedj est avant tout un espace de pêche artisanale où la mer constitue la principale source de revenus, de subsistance et d’identité sociale. La forte présence de pirogues d’aires de débarquement de transformation et de commercialisation du poisson font de ce littoral un espace vital et stratégique.
Toute intervention lourde sur le trait de côte, telle qu’un enrochement, peut avoir des impacts significatifs sur l’accès à la mer, la navigation, la sécurité des pêcheurs et l’équilibre des écosystèmes marins.
Un projet de cette ampleur, conçu sans l’implication active des pêcheurs, des femmes transformatrices, des jeunes, des collectivités territoriales et des organisations locales, risque d’en compromettre l’efficacité et d’accentuer la vulnérabilité socio économique existante.
À ce stade, aucune information publique détaillée ne semble avoir été partagée concernant l’existence d’études d’impact environnemental et social, l'analyse des effets sur la pêche artisanale, les alternatives techniques envisageables, les mécanismes de suivi de transparence et de participation citoyenne.
La gouvernance environnementale, dans le contexte d’une nouvelle dynamique nationale appelle à des approches inclusives, transparentes et fondées sur l’expertise scientifique ainsi que sur l’expérience des communautés.
Nous appelons respectueusement à la réévaluation du projet tel qu’annoncé, à l’ouverture urgente d’un cadre de concertation inclusif à la publication des études techniques et environnementales, à la co-construction de solutions durables adaptées aux réalités économiques sociales et culturelles locales.
La lutte contre l’érosion côtière ne saurait se faire au détriment des populations qui vivent de la mer. Protéger le littoral, c’est aussi protéger les pêcheurs et l’avenir d’une communauté entière.
L’Association Club de Reflexion et d'Action Citoyenne (CRAC)